Revue internationale "cahiers de sociologie  économique et culturelle", juin 2013

Université du Havre, n°55 p.99 (paru en juillet 2014), E. Weber, professeur émérite à l'Université Paris-Sorbonne

[ a propos du CD Jonzac d'orgue et de Lumière]

 

[...] plus proche de nous, l'arrangement pour orgue [...] de l'Hymn to Freedom [...] s'impose par son calme, puis par son relief; et [...] Chemin vers la lumière, un chemin "tout emprunt de douceur. Un chemin dans nos âmes, jusqu'au silence le plus absolu, rencontre avec nous-même ou avec l'indicible" résumant, en quelque sorte, toute la démarche de l'organiste et penseur Cédric Burgelin: Vers la Lumière. 

France-Musique, émission Organo Pleno, 19 avril 2011

Par Benjamin François

[A propos de la sortie du CD épures méditatives:]

 

" [...] C'EST LE CHOC. [...] Je n'avais pas entendu un toucher d'une telle originalité et d'une telle liberté depuis longtemps [...]. "

L'orgue, Bulletin 286 des "amis de l'Orgue", 2009

François Sabatier

Ce curieux disque [Au-delà du silence] surprend sur beaucoup de points: présence d'un instrument classique français qui ne correspond pas nécessairement à l'idéal de Bach, déroulement d'un concert sans ordre apparent et conçu à partir de pièces d'orgue mais aussi de clavecin ou de caractère "théorique", jeu parfois très fantasque et touché par bien des inspirations peu conventionnelles de l'interprète qui,  élève de Gaston Litaize, Michel Chapuis, Michel Bouvard et Olivier Latry, a obtenu des premiers prix d'orgue, de basse continue et de clavecin au C. N. S. M. D. de Paris. Certes, les amateurs de programmes très rationnels, c'est à dire élaborés sur des bases historiques ou esthétiques d'une cohérence rigoureuse n'y trouveront pas  leur compte, mais ceux qui sont plus sensibles à la magie de l'instant ou de ce qui relève d'une poésie plus spontanée découvriront ici de quoi voyager dans les arcanes  mystérieux et rares de la musique. Bien entendu, on peut tout à fait se montrer réfractaire à certaines expériences de Cédric Burgelin (fluctuation de l'agogique, accélération du discours en fonction de sa tension ou de son profil dynamique - solution exploitée jadis mais sans lendemain par Pierre Vidal -, cadences soudain désinvoltes, notes inégales ou autres fantaisies), mais il se dégage de cela comme un air de liberté qui change beaucoup des exécutions stéréotypées, d'une docte sagesse ou d'un purisme extrémiste dont on nous rebat un peu trop les oreilles aujourd'hui. Sous l'angle de la registration, l'auditeur appréciera ici et là des mélanges à la française avec une belle couleur d'anche ou, au contraire des propositions plus minimalistes mais capables de bonnes surprises (un seul bourdon peut suffire à créer un sortilège particulier, voire la montre qui, dans la partie centrale de la Pièce en sol majeur BWV 572 permet d'entendre toutes les lignes de son si beau contrepoint). Quant au programme, il ressemble, comme on l'a dit, à celui d'une séance privée, ces soirées lors desquelles, invitant quelques amis à la tribune, on se permet de jouer ce qui vient en tête sans soucis de briller ou de suivre un ordre didactique. Ainsi s'enchaînent dans un ordre très libre quelques pages des Variations Goldberg ou du Clavier bien tempéré, des extraits des sonates en trio BWV 525 ou 529, le Prélude en sol majeur BWV 541 séparé de sa fugue par onze autres morceaux, dont plusieurs versions du Choral nun komm der heiden Heiland ou le premier contrepoint de L'Art de la fugue. Cela vaut la peine d'essayer...

Damien Top, directeur du Festival Roussel, musicologue

Une grande envolée spirituelle

 

Cédric Burgelin nous entraîne très loin dans sa vision de Bach qui confine à une sorte d'idéal musical. Les sonorités de l'instrument classique typiquement français de la cathédrale de Saintes apportent à l'oeuvre du Cantor de Leipzig une clarté inattendue. L'organiste ose s'éloigner de la convention pour délivrer sa fantaisie créatrice. Rejetant la tyrannie du purisme imposé et stéréotypé des programmes de cd , il emprunte le chemin le moins fréquenté, celui de la liberté de nous convier à une méditation de la plus haute spiritualité:  « l'idée est de dépouiller voix par voix la masse sonore originelle et complexe de la fugue à 6 voix pour arriver à une épure méditative. Cette épure est représentée par la monodie de la suite pour violoncelle suivie la Mélodie grégorienne . Venu du fond des âges, le sens profond du « Nun komm » semble hanter à la fois ce disque, Bach et l'histoire de la musique , tel un monde en devenir...A son tour la Passacaille, issue des profondeurs reconstruit tout. Les deux versions du Prélude et Fugue en la majeur, se répondent en miroir et viennent enchâsser l'ensemble ». L'ordonnancement très libre mais judicieusement conçu de cette sélection permet à l'interprète de doubler sa démarche d'une réflexion philosophique et de créer une atmosphère méditative exceptionnelle. Par-delà Bach, c'est à une surprenante exploration des arcanes de la pensée artistique à laquelle nous convie l'organiste qui secoue le carcan des exécutions compassées. Il s 'en dégage comme un air de libre improvisation jouant de la magie de l'instant, libérant sa poésie le plus spontanée. La technique impeccable sert la pure expression du coeur, c'est bouleversant: tout vibre et tout frémit. L'intensité de l'élévation ne faiblit jamais. Sommet insurpassé, la Passsacaille BWV 582 laisse pantois. Avec Bach d'un côté et Burgelin de l'autre, vous ne sortirez pas indemne de cette grandiose envolée spirituelle.

 



Lettre d’information n°49, Mai 2011, L’ÉDUCATION MUSICALE (PARIS, BEAUCHESNE)

Édith Weber, professeur émérite à l'Université Paris-Sorbonne.

La dernière réalisation discographique de Cédric Burgelin, bien connu des lecteurs de L’éducation musicale, porte un titre aussi juste qu’énigmatique, convenant parfaitement à la musique du Cantor de Leipzig.  Le remarquable organiste de la cathédrale de Saintes - avec son instrument classé monument historique en 1973 -, a sélectionné des chorals pour le temps de Noël, encadrés par deux versions différentes du Prélude et fugue en la majeur (BWV 536).  Il a également enregistré la 7e variation Goldberg, l’incontournable Passacaille (BWV 582) et le Ricercar a 6 de l’Offrande musicale.  Sa technique à toute épreuve et son sens de la registration (par exemple, pour les Préludes de choral) lui permettent de conférer à ses interprétations non seulement tout leur relief, mais encore toute leur spiritualité, d’où le sous-titre : Épures méditatives, car il suit son idée de dépouiller « voix par voix la masse sonore originelle et complexe de la fugue à 6 voix pour arriver à une épure méditative », aussi « représentée par la monodie de la Suite pour violoncelle suivie de la Mélodie grégorienne. »  Avec ce programme éclectique, tout n’est que calme, profondeur et intériorité.



Musique sacrée-L'organiste juillet 2009 n°285

Armand Ory

Cet enregistrement [Au-delà du silence] présente un choix parmi l'imposant catalogue des oeuvres de Jean-Sébastien Bach: extraits des Variations Goldberg, des Sonates en trio, Préludes, Fugues, Chorals, Art de la Fugue. Nous avons spécialement retenu la registration inhabituelle de la Fantaisie en Sol majeur, qui pourra inspirer les organistes qui ne disposent que d'un petit instrument d'une dizaine de jeux. Très originales aussi les trois versions du choral "Viens maintenant, Sauveur des Païens", d'abord le choral harmonisé sur fond de sonnerie des cloches, puis les deux présentations du recueil de Leipzig.

Ce disque permet d'apprécier les timbres si caractérisés de l'orgue ancien de la cathédrale de Saintes, dont l'histoire mouvementée a fini par trouver un bel équilibre dans la restauration exécutée par Yves Sévère en 1985. Nous avons déjà eu l'occasion d'en parler en présentant le récital "Marchand-Bach" de Thierry Semenoux en 1996 (Disques Coriolan 327 603). Les mélomanes voudront posséder aussi le présent C-D où le jeune talent de Cédric Burgelin sert magnifiquement la facture d'orgue ancienne.

L'éducation Musicale septembre-octobre 2009 n°562

Edith Weber, professeur émérite à l'Université Paris-Sorbonne

 

Recension du CD Au-delà du silence.

 

Cédric Burgelin (°1970), titulaire de cinq médailles d'or, a été formé par les plus grands maîtres de l'orgue: Gaston Litaize, Michel Chapuis, Michel Bouvard et Olivier Latry. Il a obtenu deux premiers prix (orgue et basse continue) du CNSM et le Diplôme de Formation supérieure. Il se produit régulièrement en soliste ainsi que dans diverses formations. Titulaire des grandes orgues historiques de la cathédrale de Saintes, il y a enregistré, sous le titre évocateur : Au-delà du silence, une petite anthologie d'oeuvres de J.S. Bach. D'emblée, l'aria des Variations Goldberg crée une atmosphère calme et méditative exceptionnelle, propice à l'écoute et au recueillement, et justifie déjà le titre. L'Ouverture de ces mêmes Variations contraste par son  solennité énergique, à laquelle succède l'Adagio si prenant de la Sonate en trio. Toute la démarche de l'interprète repose sur les contrastes brusques dans les mouvements (Très vitement - Gravement...) et l'expression tour à tour calme et entraînante, la technique irréprochable et la précision d'attaque ne nuisent en rien à l'expression et à l'émotion. Des chorals pour le temps de Pentecôte et de l'Avent bénéficient d'une registration exceptionnelle. A remarquer, plage 13: la superposition des cloches et du jeu de l'orgue, du meilleur effet. Comme il se doit, l'Aria initial pose un lumineux point d'orgue sur ce programme d'un rare achèvement.

Damien Top, directeur du festival Roussel, musicologue

 

Au-delà du silence, Johann Sébastian Bach

 

A la tribune des ses grandes orgues historiques saintaises, Cédric Burgelin nous convie à une promenade très personnelle dans l'univers de Bach, loin de toute chapelle interprétative, de toute intention pédante. Au gré de sa fantaisie, il grapille un choral ou une variation dans l'oeuvre du Cantor de Leipzig et pave ainsi une voie surpremante et fraîche sur laquelle s'élance notre méditation. Après avoir obtenu cinq médailles d'or à La Rochelle et à Saint-Maur-des-Fossés, il a travaillé avec Gaston Litaize, Michel Chapuis, Michel Bouvard et Olivier Latry. Le choix judicieux de ses registrations permet ici de caractériser davantage chaque variation Goldberg que ne le pourrait un clavecin ou de captiver notre oreille, comme dans la pièce en sol BWV 572. Son toucher souple sert une conception stylistique claire. Il faut s'abandonner au plaisir sans détour d'une musique nous désignant le chemin de l'éternelle beauté et se laisser entraîner par ce flamboyant poète-organiste: "mon rapport avec l'infini est de dire l'espoir, de dire croyez au bonheur, moi j'y crois et je veux vous le dire."