Pour une explication détaillée des CD...

Bien sûr, chacun trouvera dans la musique ce qu'il y recevra, et souvent point n'est besoin de donner la parole aux artistes, mais plusieurs m'ayant exprimer leur questionnement (et parfois leur stupeur), je me permets ici de donner un petit éclairage de ce que je crois être (un peu) le fil qui me guide. A chacun d'y prendre ou d'y laisser ce qu'il y souhaitera!

"Au-delà du silence" (BACH 1), c'est comme une naissance, une mise en scène des 4 éléments qui s'entrechoquent. Il a été conçu comme une sorte de "big-bang", auquel l'homme assiste par sa venue au monde, ou par la venue au monde de l'Amour, véritable bouleversement; et qui prend son sens par le souffle de l'Esprit qui lui est insuflé. Le choral "Viens maintenant, Sauveur des Païens" en est le fil conducteur, ou plutôt la prière conductrice de toute la démarche, ainsi que des 2 CD qui suivront, le tout devant former un triptyque. Nous avons besoin d'une réponse d'en-haut, notre prière ardente de l'Avent en est le déclencheur. Puis nous sommes emportés dans le tourbillon des sentiments, de la vie, pour finalement réaliser que nous portons le monde entier en chacun de nous, au tréfonds de notre infiniment petit...

 

Démarche non conventionnelle, mais recherche et questionnement sur un tout autre terrain que purement historique. Comme une expérience musicale. "Expérience" ou "Questionnement"... Il s'agit de poser des questions sans apporter de réponse. La recherche intérieure en est le point central. Au fil de l'inspiration d'une oeuvre à l'autre, le programme choisi n'est cependant pas ici le fruit d'un complet  hasard...

 

Que cette démarche touche promptement tous les coeurs, du plus humble au plus savant,  n'est-ce pas là le but recherché par Bach?

 

La démarche artistique se veut en tous cas celle de la méditation...

"Epures méditatives et mondes en devenir" (Bach 2) continue l'exposé de ce choral de l'Avent.

 

Epures: le texte musical, à 6 voix d'emblée, est imposant, fort, complexe, comme la vie qui nous est donnée, inéluctable... Cette texture se résout petit à petit en passant par des oeuvres à 5, puis 4, puis 3, puis 2, pour s'épanouir finalement à 1 seule voix, celle de l'Homme seul face à lui-même. Toute la prière du monde (6 voix) résumée dans ce grand monologue où Bach avait imaginé un violoncelle. Mais au-delà de l'instrument Bach voulait un monologue avant tout, une prière. Il s'agit donc là de la forme du CD qui s'épure, tel un chemin initiatique. Cette épure sonne en miroir à son tour dans la Passacaille qui, elle, reconstruit tout.

 

Méditatives: Je disposais d'un grand orgue imposant de 36 jeux, 3 claviers-pédalier, avec pléthore de trompettes-mixtures-mutations à la française, de quoi sonner! La grandeur du personnage-orgue se concentre dans sa capacité à élever sa voix en méditation, en humilité. L'Evangile ne dit-il pas dans la bouche du Christ au sujet de Jean-Baptiste "il est le plus grand de tous les  Prophètes, mais le plus grand dans le royaume des Cieux est plus petit que lui"? Vocation de l'orgue? A ce point de notre réflexion on pourrait  retourner l'image que l'on se fait de l'orgue. La grandeur (dans ses plein jeux, grand jeux, etc.) doit être utilisée  à des fins précises de pensée raisonnée, en relation dosée avec l'intériorité. Bref il s'agit ici de registration (ou orchestration) au service de la prière intime.

 

Et mondes: Cette prière de Bach "Viens maintenant Sauveur des Païens", si importante dans sa carrière, est au premier plan. Au vu de la profondeur du texte poétique de cette hymne-choral, le choix est fait de se laisser porter dans la liberté d'interprétation (tempo relatif aux sentiments, flexibilité...). Pierre Vidal et de nombreux autres organistes étaient aussi sur cette voie là. La musique traduit la pensée, le monde intérieur, celui insuflé par Bach notamment. Il s'agit donc ici de rythme, d'agogique libre.

 

En devenir: Ce Cd prend place dans un projet plus vaste, qui suit une évolution lente au travers de nombreuses années, comme une grande fresque, comme un chemin, le portrait musical de la pensée d'un homme qui évolue entre la Terre et le Ciel. A moins que ce ne soit l'inverse? En tous les cas un chemin intérieur se dessine, le premier CD joue sur les contrastes, sur la violence des sentiments de la vie, le deuxième est tourné vers un monde plus intérieur, secret. Puis viendra la marche vers l'éternité: passer du vertical à l'horizontal petit à petit, de l'Homme à Dieu... Une sorte d'abstraction progressive.

 

Que chacun suive le chemin de son bonheur, ce CD espère un peu éclairer ceux qui cherchent!

7

Consolation.

 

Je dédie ce CD in mémoriam : à mes cousins Olivier et Florence Gerbet, à ma cousine Jeanne Benoit, et à ma tante Elizabeth Yvon-Burgelin.

 

Ce troisième disque Bach continue le discours commencé avec le grand compositeur depuis 10 ans dans les 2 premiers volumes. C'est ici un aboutissement, ces 3 disques formant un tryptique à l'image de la Pièce en sol du premier disque: naissance, cheminement, et adieu. C'est ainsi que "Consolation." prend naturellement ancrage dans les grands chorals de médidation sur le sens de la vie. Parmi ceux-ci, le Nun komm der Heiden Heiland, ou plus exactement la prière - Viens maintenant sauveur des païens - parcours en filigrane toutes les œuvres du programme ici présenté, comme il parcours aussi tout le tryptique. Ici il n'est pas clairement représenté, mais il est présent dans la forme elle-même, chacune des premières notes de chaque morceau représentant une des notes de la première phrase du choral, dans l'ordre. A l'exception de la très extravertie toccata en ut, qui apparait alors comme hors-sol.

 

L'actualité terrible de l'année 2017 n'y est pas non plus étrangère.

Tout est ici symbole: mon 7ème CD commercialisé comprend 12 plages, chaque plage formant un caractère du titre. Il a été inauguré avec la danseuse Hélène Garbaye, la danse étant ce que la terre peut donner de meilleur à la spiritualité pour former une prière parfaite. Souhaitons à chacun une réponse du ciel, un rêve porté par une énergie de toccata, qui serait l'exaucement en quelque sorte d'une certaine liturgie.

 

La fugue finale, inachevée, porte là encore la volonté de questionnement comme fondement essentiel de la condition humaine...

 

 

Comme la goutte d'eau dans l'océan est la larme née du poids de l'océan sur elle [...]

 

On fait des déserts entiers avec le dépôt que laisse le passage de l'impalpable.

 

Laurent Albarracin, Blason du Sable, 2014

"D'orgue et de lumière" est une commande de la mairie de Jonzac. L'orgue est tout petit (à peine 14 jeux, les jeux de pédale étant des emprunts aux jeux du GO). Mais j'ai voulu montrer quelle variété de sonorité est possible, si l'on veut s'en donner la peine, quel relief on peut tirer de tous petits moyens (et ce disque n'est pas exhaustif!). D'autre part cela me semble intéressant de jouer ces immenses œuvres toujours données sur des immenses orgues, avec un "petit modèle": ainsi chaque note est ciselée, entendue, et fait honneur, je l'espère, au compositeur. Le petit livret explicatif est aussi un projet intéressant, dédié à tous les curieux pour qui l'orgue est un peu mystérieux et lui permettre de comprendre un peu mieux son fonctionnement. Petit par la taille, grand par son âme et son histoire...

Les partis pris d'interprétation sont: vie, liberté. La partition n’apparaît que comme un support, mais c'est l'orgue et l'ambiance restitués dans l'église qui décident, quite à modifier un peu les indications du compositeur: ici des notes liées deviennent détachées, là une note finale (Jésus que ma joie demeure) est remplacée par le son de la cloche de l'église (j'avais remarqué qu'elles sonnait en sol).

La Toccata de Bach est  jouée dans une version différente de celle utilisé habituellement, elle est fidèle à l'une des premières éditions. Elle accentue par exemple la violence de l'accord de septième diminuée. Ce "retour aux sources" sonne neuf, voir osé, mais n'est que pur fidélité au texte que j'avais sous les yeux!

Jésus que ma joie demeure: il s'agit d'une transcription personnelle, qui part d'une prière "normale", et qui se termine en introversion, vers l'intériorité que la cloche "envoie" vers le monde et les cieux.

 

C'est le "chemin vers la lumière" qui est l'œuvre la plus intéressante, une création d'un compositeur "du cru", d'une grande humilité, le cher Pascal Garnichat. J'ai travaillé à l'orgue de Jonzac avec lui pendant des journées entières, pour arriver à cette registration.

 

Hymn to freedom, ce n'est pas pour faire "comme Oscar Peterson", mais donner un éclairage encore différent sur ce qui peut se faire à l'orgue d'église, instrument du peuple. Pour moi l'orgue est à la fois l'instrument le plus sacré (béni et sanctifié, voix du Ciel) et l'instrument le plus populaire de tous (voix du peuple, celui qui soutient les prières et les chants de l'Assemblée).

 

Un disque différent, original donc à tous points de vue. J'ai fait de mon mieux, espérons que ma démarche donne des ailes aux auditeurs, voire aux organistes qui pourront apprécier la démarche que je sais bien imparfaite, mais elle est fidèle à la foi reçue: "allez vous en sur les places...", "car c'est à la liberté que nous sommes appelés". - Les Cd de Bach, eux, font plutôt référence à "préparez les chemins du Seigneur".