explication des CD

 

 

"Au-delà du silence", c'est comme le choc d'une naissance, une mise en scène des 4 éléments qui s'entrechoquent. Il a été conçu comme une sorte de "big-bang", auquel l'homme assiste par sa venue au monde, ou par la venue au monde de l'Amour, véritable bouleversement; et qui prend son sens par le souffle de l'Esprit qui lui est insuflé. Le choral "Viens maintenant, Sauveur des Païens" est le fil conducteur, ou plutôt la prière conductrice de toute ma démarche. Nous avons besoin d'une réponse d'en-haut, notre prière ardente de l'Avent en est le déclencheur. Puis nous sommes emportés dans le tourbillon des sentiments, de la vie, pour finalement réaliser que nous portons le monde entier en chacun de nous, au tréfonds de notre infiniment petit...

 

La démarche n'est pas conventionnelle, cela saute aux yeux, mais ma recherche et mon questionnement sont sur un tout autre terrain qu'une démarche historique. Il s'agit ici d'une expérience musicale. Je me demandais d'ailleurs s'il ne fallait pas appeller mes disques "Expérience" ou "Questionnement"... Car il s'agit pour moi de poser des questions sans apporter de réponse. La perplexité que les musicologues ou musiciens peuvent ressentir à son écoute (et déjà à la lecture du programme...) est donc un premier objectif. La recherche intérieure en est le point central, ressemblant par cela d'ailleurs à la démarche protestante.

 

Je m'interroge sans arrêt sur la qualité, l'authenticité, et l'utilité de mon travail. Ce travail est basé sur les "affects" chez Bach, travail déjà un peu éclairé par Gilles Cantagrel, mais je veux le faire en musique (cd) et non en discours (livres), ce qui me permet d'aller un peu plus loin. Ainsi je me berce de l'illusion que cette démarche touche promptement tous les coeurs, du plus humble au plus savant. Ce qui est le but, il me semble, de mon existence. J'essaie de ne pas enregistrer des morceaux de musique, mais de faire une oeuvre d'art. Au moins j'aurais travaillé, essayé...

 

Il s'agit peut-être dans ma démarche artistique surtout de consolation ou de méditation, à chacun de voir.

 

"Epures méditatives et mondes en devenir", continue l'exposé de ce choral de l'Avent. Epures: le texte musical, à 6 voix d'emblée, est imposant, fort, complexe, comme la vie qui nous est donnée, inéluctable... Cette texture se résout petit à petit en passant à 5, puis 4, puis 3, puis 2, pour s'épanouir finalement à 1 seule voix, celle de l'Homme seul face à lui-même. Toute la prière du monde (6 voix) résumée dans ce grand monologue où Bach avait imaginé un violoncelle. Mais il me semble que Bach avait imaginé un monologue avant tout, une prière. Il s'agit là de la forme qui s'épure, tel un chemin initiatique. Miroir de la Passacaille qui, elle, reconstruit tout. Méditatives: Je disposais d'un grand orgue imposant de 36 jeux, 3 claviers-pédalier, avec pléthore de trompettes-mixtures-mutations à la française, de quoi sonner! Là aussi, la grandeur du personnage-orgue se porte dans sa capacité à élever sa voix en méditation, presque en "petitesse". L'Evangile ne dit-il pas dans la bouche du Christ au sujet de Jean-Baptiste "il est le plus grand de tous les  Prophètes, mais le plus grand dans le royaume des Cieux est plus petit que lui"? Vocation de l'orgue? Je voudrais retourner l'image que l'on se fait de l'orgue. La grandeur, selon moi, doit être utilisée (dans ses plein jeux, grand jeux, etc.) à des fins précises de pensée raisonnée, en relation dosée avec l'intériorité. Bref il s'agit ici de registration. Et mondes: Il s'agit de cette prière de Bach "Viens maintenant Sauveur des Païens", si importante dans sa carrière. Au vu de la profondeur du texte poétique de cette hymne-choral, je fais le choix de me laisser porter dans ma liberté d'interprétation (tempo relatif aux sentiments, flexibilité...). Pierre Vidal était, il me semble, aussi sur cette voie là. Je ne sais sur quelle voie je suis mais je sais que je ne peux pas me trahir. La musique traduit ma pensée, mon monde intérieur, celui insuflé par Bach notamment. Il s'agit donc ici de rythme, d'agogique libre. En devenir: Ce Cd prend place dans un projet plus vaste, qui suit mon évolution à travers les années, comme une grande fresque, comme un chemin, le portrait musical de la pensée d'un homme qui évolue de la Terre vers le Ciel. A moins que ce ne soit l'inverse? En tous les cas un chemin intérieur se dessine, le premier cd joue sur les contrastes, sur la violence des sentiments de la vie, le deuxième est tourné vers un monde plus intérieur, secret. Puis viendra la marche vers l'éternité: passer du vertical à l'horizontal petit à petit, de l'Homme à Dieu... Une sorte d'abstraction progressive. Je prends mon temps, le chemin est ardu.

 

J'ai essayé de dire avec des mots bien impuissants une partie de ce qui me guide, que chacun suive le chemin de son bonheur, j'espère avoir un peu éclairé ceux qui cherchent!

 

"D'orgue et de lumière"

 

Ce Cd est une commande de la mairie de Jonzac. L'orgue est tout petit (à peine 14 jeux, les jeux de pédale étant des emprunts aux jeux du GO). Mais j'ai voulu montrer quelle variété de sonorité est possible, si l'on veut s'en donner la peine, quel relief on peut tirer de tous petits moyens (et ce disque n'est pas exhaustif!). D'autre part cela me semble intéressant de jouer ces immenses œuvres toujours données sur des immenses orgues, avec un "petit modèle": ainsi chaque note est ciselée, entendue, et fait honneur, je l'espère, au compositeur. Le petit livret explicatif est aussi un projet intéressant, dédié à tous les curieux pour qui l'orgue est un peu mystérieux et lui permettre de comprendre un peu mieux son fonctionnement. Petit par la taille, grand par son âme et son histoire...

Les partis pris d'interprétation sont: vie, liberté. La partition n’apparaît que comme un support, mais c'est l'orgue et l'ambiance restitués dans l'église qui décident, quite à modifier un peu les indications du compositeur: ici des notes liées deviennent détachées, là une note finale (Jésus que ma joie demeure) est remplacée par le son de la cloche de l'église (j'avais remarqué qu'elles sonnait en sol).

La Toccata de Bach est  jouée dans une version différente de celle utilisé habituellement, elle est fidèle à l'une des premières éditions. Elle accentue par exemple la violence de l'accord de septième diminuée. Ce "retour aux sources" sonne neuf, voir osé, mais n'est que pur fidélité au texte que j'avais sous les yeux!

Jésus que ma joie demeure: il s'agit d'une transcription personnelle, qui part d'une prière "normale", et qui se termine en introversion, vers l'intériorité que la cloche "envoie" vers le monde et les cieux.

C'est le "chemin vers la lumière" qui est l'œuvre la plus intéressante, une création d'un compositeur "du cru", d'une grande humilité, le cher Pascal Garnichat. J'ai travaillé à l'orgue de Jonzac avec lui pendant des journées entières, pour arriver à cette registration.

Hymn to freedom, ce n'est pas pour faire "comme Oscar Peterson", mais donner un éclairage encore différent sur ce qui peut se faire à l'orgue d'église, instrument du peuple. Pour moi l'orgue est à la fois l'instrument le plus sacré (béni et sanctifié, voix du Ciel) et l'instrument le plus populaire de tous (voix du peuple, celui qui soutient les prières et les chants de l'Assemblée).

Un disque différent, original donc à tous points de vue. J'ai fait de mon mieux, espérons que ma démarche donne des ailes aux auditeurs, voire aux organistes qui pourront apprécier la démarche que je sais bien imparfaite, mais elle est fidèle à la foi reçue: "allez vous en sur les places...", "car c'est à la liberté que nous sommes appelés". - Les Cd de Bach, eux, font plutôt référence à "préparez les chemins du Seigneur".